Le compost produit par l'UTV 65

Le compost : un produit issu de la valorisation des ordures ménagères résiduelles

Les habitants des Hautes-Pyrénées produisent en moyenne 70 000 tonnes d’ordures ménagères résiduelles par an, qui contiennent près de 38 000 tonnes de déchets organiques composés de restes alimentaires et de papiers. Actuellement, ces déchets sont directement éliminés en centre de stockage et toute cette matière organique est irrémédiablement détruite. L’UTV 65 permettra de la valoriser sous forme de biogaz et de compost. Ce processus se fera en deux étapes

Dans un premier temps intervient la méthanisation. Sous l’effet des bactéries et en milieu privé d’oxygène, les matières organiques se décomposent. Elles se transforment ainsi en biogaz et en un résidu appelé « digestat ». Après avoir été purifié, e biogaz est injecté dans le réseau d’alimentation en gaz de ville. Quant au digestat, il est mélangé à des déchets verts contenant essentiellement des branchages et des copeaux de bois. C’est au cours de cette seconde étape qu’est donc produit le compost.

Riche en azote et en éléments fertilisants, ce compost représente un amendement organique qui peut être utilisé en agriculture. L’UTV 65 en produira en moyenne 17 000 tonnes par an.

Des études en partenariat avec la chambre d’agriculture

Le compost produit par l’UTV 65 pourra-t-il être vraiment utilisé par les agriculteurs de la vallée de l’Adour, qui produisent des céréales ? C’est bien évidemment la question qui se pose. Pour y répondre, le SMTD 65 a pris les devants et a engagé dès 2010 des essais en partenariat avec la Chambre d’Agriculture des Hautes-Pyrénées. L’objectif étant de vérifier l’intérêt agronomique du compost issu de la valorisation des ordures ménagères résiduelles et de valider ainsi la filière.

Les essais ont été menés sur des micro-parcelles de maïs, de 10 mètres de large et de
10 mètres de long, appartenant à un agriculteur du Nord de Tarbes. Les composts utilisés provenaient dans un premier temps de l’usine de Montpellier, puis dans un deuxième temps de celle de Saint Lô, dans la Manche.

Les essais se sont déroulés sur 3 ans. Les derniers résultats observés montrent que le compost épandu au printemps présente un réel intérêt agronomique. Un apport de 10 tonnes permet en effet de produire la même quantité de maïs qu’un apport de 50 unités d’azote minéral. Le compost a également un effet positif sur le pH du sol (Chaux, Magnésie) et sur la fumure de fond (Phosphore, Potassium).

Ces résultats en micro-parcelles doivent maintenant être confirmés à une échelle plus large. Les essais doivent donc se poursuivre en 2014, sur différents types de culture (maïs, blé, colza) et sur des placettes de démonstration plus importantes (8 rangs de maïs de 150 m de longs par exemple). Des visites seront organisées avec des agriculteurs pour faire connaître cette démarche, ainsi que les résultats obtenus.

En 2015, le SMTD 65 et la Chambre d’Agriculture des Hautes-Pyrénées poursuivront leur partenariat. Des rencontres seront organisées  avec les organismes économiques du secteur agricole (privé et coopérateurs) afin de leur présenter le produit et d’organiser la filière de retour au sol du compost au plan logistique.

Des « métaux lourds » dans le compost : qu’en est-il exactement ?

La présence de « métaux lourds » dans le compost d’ordures ménagères résiduelles soulève bien des inquiétudes qui, si elles peuvent paraître légitimes, ne sont pas pour autant fondées. En effet, il convient tout d’abord de préciser ce que l’on entend par ce terme de « métaux lourds ».

Pour les chimistes, l’expression est pour le moins discutable. « Les éléments traces métalliques sont généralement définis comme des métaux lourds. Cependant, la classification en métaux lourds est souvent discutée car certains métaux toxiques ne sont pas particulièrement « lourds » (par exemple le zinc), tandis que certains éléments toxiques ne sont pas des métaux (c’est le cas de l'arsenic qui est un métalloïde4). Ce terme générique désigne donc indistinctement des métaux et métalloïdes réputés toxiques. Pour ces différentes raisons, l'appellation « éléments traces métalliques » -ETM- ou par extension « éléments traces » est préférable à celle de métaux lourds (Institut National de l’Environnement et des Risques industriels).

Toutefois, même si le terme de « métaux lourds » n’est pas vraiment fondé au plan scientifique, il n’en reste pas moins vrai qu’il fait référence à des éléments chimiques dont la toxicité est bien connue, comme le rappelle une décision de la commission européenne en date du 3 mai 2000 : « par « métal lourd », on entend tout composé d'antimoine, d'arsenic, de cadmium, de chrome (VI), de cuivre, de plomb, de mercure, de nickel, de sélénium, de tellure, de thallium et d'étain ainsi que ces matériaux sous forme métallique, pour autant qu'ils soient classés comme substances dangereuses ». La dangerosité de ces éléments étant admise, deux questions se posent : pourquoi trouve-t-on des métaux lourds dans le compost ? Présentent-ils un quelconque risque pour la santé humaine ?

La réponse à la première question est simple. Ces métaux lourds existent à l’état de trace dans la nature. En outre, ils entrent dans la composition d’un grand nombre de produits que nous consommons ou que nous utilisons. Le fait qu’on les retrouve ensuite dans nos poubelles est donc somme toute logique. Quant à leur dangerosité, elle dépend bien évidemment de leur concentration dans les produits que nous pouvons être amenés à consommer, comme l’avait bien compris Paracelse au 16ème siècle : « Toutes les choses sont poison, et rien n’est sans poison ; seule la dose détermine ce qui n’est pas un poison ».

À ce sujet, il n’est peut-être pas inutile de rappeler que certains éléments chimiques considérés comme des « métaux lourds » sont, à des doses très faibles, indispensables à la santé humaine. A ce titre, ils doivent donc également être considérés comme des oligo-éléments. C’est le cas du cuivre, du chrome et du sélénium. Par ailleurs, le fer, le manganèse, le magnésium sont aussi des oligo-éléments. Ils ne sont pas mentionnés dans la liste des « métaux lourds » de la commission européenne. Ils n’en sont pas moins des métaux !

Bref, les choses sont peut-être moins simples qu’il n’y parait et il convient, à minima, de se défier des discours alarmistes de ceux qui utilisent le terme de « métaux lourds » comme d’autres agitent un chiffon rouge, simplement pour susciter angoisse et inquiétude par rapport à un projet tel que celui de l’UTV 65.

Un compost conforme aux obligations règlementaires

En matière d’utilisation de compost en agriculture, il existe bien évidemment une réglementation (Arrêté du 5 septembre 2003 modifié le 2 septembre 2010 et le 17 octobre 2011) qui précise que tous les composts mis sur le marché doivent être conformes à la norme
NFU 44-051. Cette norme détermine les valeurs limites pour les différents « métaux lourds » et autres éléments potentiellement polluants qu’un compost doit respecter pour pouvoir être utilisé en agriculture, sans risque pour la santé humaine.

L’INERIS (Institut National de l’Environnement et des Risques Industriels) a mené des analyses sur 55 échantillons de compost provenant de notamment de 5 usines de méthanisation actuellement en fonctionnement. Le rapport d’études est paru en avril 2012. Les résultats montrent que les composts produits à partir des ordures ménagères résiduelles respectent largement la norme NFU 44-051, comme le montre le tableau ci-contre.

D’ailleurs, le rapport de l’INERIS précise que : « À l’heure actuelle en France, la majorité des installations de TMB fonctionnant depuis plusieurs années produisent aujourd’hui un compost de qualité satisfaisante d’après les critères de la norme obligatoire NF U 44-051, et ce, de façon reproductible au cours du temps ».

Bien évidemment, le compost qui sera produit par l’UTV 65 devra respecter cette norme. Des analyses mensuelles systématiques seront réalisées pour le vérifier et valider son utilisation en valorisation agricole.